Texte de Fabien Humbert & Marie-Christine

Ma très chère Anouchka, j’ai négocié avec le concierge de l’opéra. L’homme me devait une faveur. La porte de la loge sera ouverte. Tu pourras t’échapper. Ne prends pas de bagages. Voyager léger est la meilleure façon de voler. Mon ami Pierre t’attendra au bas des marches, il fumera un cigare de la main gauche et il te conduira jusqu’au Parc Monceau. A partir de là tu devras trouver un moyen d’y rentrer sans te faire voir. Pierre ne pourra pas t’y aider, il ne peut pas prendre de risques supplémentaires. Je t’y attendrai à minuit, à l’endroit où tu sais. Ne sois pas en retard comme tu en as l’adorable habitude.

N’aie pas peur mon amour. Une nouvelle vie commence. Je suis jaloux de notre bonheur futur.
 
Je t’aime infiniment
A toi pour toujours. Ton Alfred.

 
Il faut que j’arrête de chiffonner ce bout de papier. Ces satanées grilles sont fermées. Tant pis j’escalade. Ma robe, j’ai déchiré ma robe ! Je vais être affreuse pour retrouver Alfred. Mais peu importe, demain nous serons loin d’ici. Alfred m’a promis que des amis de Bordeaux allaient nous cacher le temps que le KGB ne se lasse de me chercher. La défection de l’étoile du Bolchoï ce n’est pas rien. Mais il suffira qu’un général ou deux passe à l’Ouest et tout le monde aura oublié Anna Iliana. Quel est ce bruit ? Des canards, j’ai dû les réveiller. Il y a quelqu’un derrière les colonnes près de l’étang. Cette silhouette, je la reconnais. Je la reconnaitrai entre mille. C’est lui, Alfred !

— Doucement, doucement, t’as vu son âge ?
— Le masque à oxygène, vite, on est en train de la perdre.
— Madame, madame, vous m’entendez ?
— Elle revient à elle, elle parle.
— Qu’est-ce qu’elle dit ?
— Un Alfred qui n’est jamais venu.
— Elle n’a pas l’air contente la mamie…

Fabien Humbert & Marie-Christine

21 avril 2016
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