Les aventures de Rosa Bonheur au pays des bêtes ou la petite fille aux pinceaux [1]

Cela pourrait être conte… Un conte un peu particulier qui ne se conclut point par cette phrase traditionnelle : « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », mais dont l’épilogue serait : « elle vécut heureuse et peignit beaucoup de tableaux ». Un conte qui aurait pu faire rêver les petites filles du XIXe siècle à une autre destinée que celle de petites filles modèles.


L’enfance

Il était une fois une petite fille née de parents pauvres. Son vrai nom était Rosalie mais très vite elle fut surnommée Rosa par une mère aimante. On raconte que cette mère, Sophie, aurait été de sang royal mais les enfants illégitimes, en ce temps-là n’avaient que peu d’existence dans la lumière. Son père, un doux rêveur, voyait dans le monde à transformer une cause suprême qui ne laissait que peu de place à l’insignifiance du quotidien. Il était aussi peintre mais la gloire se refusait à lui et c’est comme enseignant qu’il gagnait à peine le pain quotidien quand il ne se vouait pas corps et âme à cette nouvelle religion appelée le saint-simonisme.


© Irène Jonas - Agence révélateur

De son enfance bordelaise avant de devenir parisienne, Rosa gardait le souvenir des promenades en famille dans les champs où paissaient moutons, vaches, taureaux et le bonheur de la traite dans les étables. Ce sont les animaux de ce monde rural qui l’ont inspirée pour ses premiers découpages et dessins et qui ont guidé toute sa vie de peintre.

Epuisée par le labeur, cachets de musique à vingt sous le jour et couture la nuit, la mère de notre héroïne rendit son dernier souffle alors que Rosa allait sur sa dixième année. Les larmes versées ne la ramenèrent point à la vie et c’est avec son père que la petite fille continua son chemin. Il voulut qu’elle étudie, puis qu’elle devienne couturière mais rien n’y faisait, l’enfant ne faisait que dessiner encore et toujours lorsqu’elle ne courait pas dans les bois. Vaincu par son obstination le père décida de lui apporter la seule chose qu’il pouvait lui donner : un enseignement de la peinture.

14 mai 2021
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